Jazz

Minino Garay

Minino Garay: Batterie, percussions
Baptiste Trotignon: Piano
Malcolm Braff: Piano, Fender Rhodes
Manu Codjia: Guitare
Jérôme Regard: Contrebasse

L’expression de bon augure du titre est mondialement connue; il peut également se faufiler dans le langage du percussionniste charismatique argentin.
«Vamos» sonne comme l’invitation de Minino Garay aux musiciens, pour qu’ils se joignent à lui dans cette nouvelle aventure sonore interculturelle. Il s’adresse également au public, invitant les auditeurs à le suivre à travers les paysages des différents compositeurs convoqués.
«Vamos» est surtout une imprécation; une expression de la volonté de se dépasser, d’aller au-delà des capacités identifiées et célébrées de quelqu’un. En effet le parcours du percussionniste émigré, de Cordoue à Buenos Aires, puis de la ville du tango et du rock à Paris, peut être vu comme un voyage improbable. C’est comme le scénario d’un film d’aventure, riche d’une progression artistique indéniable et continue. Un chemin réussi qu’il a inventé et dont nous connaissons les délices, mais en aucun cas les souffrances. Pour progresser dans la vie musicale, ce percussionniste avait, comme atout majeur, les rythmes folkloriques du nord de l’Argentine qui l’ont aidé à ouvrir les premières portes loin d’où il vient. Cependant, une fois la surprise exotique écartée,
Le percussionniste individuel le plus bizarre de Paris – selon la description faite par un journaliste reconnu – a parcouru un long chemin depuis les débuts parisiens dans un groupe nommé évocateur du Sud [Tierra del Fuego], lorsque Dee Dee Bridgewater la nouvelle diva de jazz l’a invité à se joindre à sa formation. Avec elle, Minino Garay brosse un haut musical dont il n’aurait même pas osé rêver quelques années plus tôt; pendant qu’il passait des sessions, en demande avec la crème des jeunes jazzmen français. La catégorie «percussionniste jazz» est introuvable alors que le «batteur jazz» existe. Et Garay, même s’il joue de la batterie dans d’autres situations, n’est pas un batteur «jazz». Néanmoins comme le font de nombreux percussionnistes venus du jazz d’autres cultures musicales, il propose une gamme chromatique et un style résolument personnel. Un style énergique, une façon de crier ¡Vamos!
Depuis lors, l’homme de Cordoue continue d’honorer la confiance de Ceccarelli, Jacky Terrasson, Magic Malik et de nombreux autres musiciens. Partageant le quotidien des musiciens de jazz, européens ou américains, il a appris les secrets de cette musique ouverte à tous les autres styles ou musiques. Écoutant et partageant avec des percussionnistes du monde entier, il a incorporé de nouveaux rythmes, essayé d’autres syncopes, frotté des peaux anciennes et caressé des bois, des métaux et des céramiques inconnus. Toujours avec verve et sans complexe. Souriant, car au final les gens ne font que jouer. Et à ce jeu, Minino Garay prend naturellement la position de leader dans ses propres groupes; dans la sphère jazz et aussi dans d’autres contextes musicaux, plus folk ou plus proche de la musique pop. Avec facilité, un jour ici le lendemain là, son jeu devient plus élastique et flexible. Les histoires, dit mille fois par ses mains, monte jusqu’à sa gorge et sa voix émerge. «Vamos» est à l’intersection de toutes les voies explorées par Garay. Il rassemble les caractéristiques essentielles des expériences et un kaléidoscope expressif. C’est le monde pluriel de Minino avec une évocation gracieuse et intense de Buenos Aires; comme la course nocturne d’un chat errant qui rythme aussi bien le sommeil des êtres vivants que la danse des âmes de ceux qui ne sont plus là.
«Vamos» est un chant parlé dédié à l’Argentine, à la mémoire du grand compositeur Cuchi Leguizamon (La Arenosa) et du célèbre tanguero Carlos Gardel (Sus Ojos se Cerraron), en souvenir des jeunes quittant le quartier de l’enfance (Como se Dice en Cordobés) pour la grande ville et ses mille espoirs (Provinciano), pour les amours émigrées dans la nuit parisienne (La Chanson d’Hélène), pour la découverte du jazz sans fin (Wonderful World), pour le beat ancestral africain (Tama) , pour les complicités secrètes des exilés (Memoria Colectiva), pour les amitiés qui se développent (Ovni) et perdurent (Vamos). «Vamos» est donc (aussi) un chant d’amitié. Minino joue ici avec ses potes: le guitariste Manu Codja, les pianistes Malcolm Braff et Baptiste Trotignon, le bassiste Jérôme Regard, le flûtiste Magic Malik, le compositeur Lalo Zanelli, l’arrangeur Guillermo Klein, ingénieur du son Philippe Teissier du Cros. Et vous, parce que vous jouez ici aussi et que tout le monde suit Garay! Vamos!

Francisco Cruz – Journaliste

En collaboration avec ACCES Concert